Premier bilan sur le cyclone Chido à Mayotte

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Publié le: 21-12-2024

Cyclone Chido à Mayotte, première évaluation des indemnisations

Le cyclone qui a frappé Mayotte est exceptionnel à la fois par son intensité en regard de sa taille. Il a malheureusement frappé Mayotte, dont le territoire est de la même taille que la ville de Marseille (la moitié de la commune d'Arles). 

On y a mesuré des vents à plus de 220 km/h. Ils sont environ 5 fois plus puissants que des vents à 100 km/h. Pour respecter des normes de construction, on se fonde dans ce département sur une vitesse de 100 km/h environ. Les constructions légères et les bidonvilles, nombreux, bien évidemment ne respectent les normes.

Le cyclone Chido ne pouvait maheureusement qu'y créer des dommages immenses dont le bilan définitif notamment humain mettra des mois pour être établi.

Outre les aspects humains dramatiques, la reconstruction s'annonce compliquée par un faible taux d'assurance multirisque, évalué à 6% des biens sous garantie d'assurance.

La majorité des biens devront être pris en charge par une loi spéciale d'indemnisation, comme le fait l'Etat depuis des siècles. Ce sera fait au travers du budget, nos impôts ou nos emprunts. C'est un geste normal de solidarité nationale.

Pour les biens assurés, les assurés disposent de deux voies d'action : la garantie tempête de leur contrat, qui est obligatoire, mais dont le contenu peut être variable et la garantie des catastrophes naturelles. Cette dernière ne peut être utilisée pour les tempêtes que si les vents excèdent 150 km/h. Elle sera donc activée par l'Etat. Elle a deux avantages : sa mise en oeuvre ne dépend que des clauses-types définies par la loi, laissant moins de discussions en cas de sinistre et les expertises seront encadrées par la loi à compter du 1er janvier 2025. Toutefois, les nouvelles contraintes l'gales sur l'expertise Cat Nat et la cadence des règlements d'indemnités consécutives n'ont pas anticipé ce type de situation d'urgence massive (quelle soit Valencia en Espagne, Mayotte en France ou un événement naturel attendu de type inondation de Paris ou tsunami à Nice).

Les assureurs ont tenté une première estimation des dommages du cyclone. Ils les estiment entre 650 000 000 € et 800 000 000 € pour environ 10 000 sinistres. Ces sinistres devraient concerner les entreprises (dommages directs et pertes d'exploitation pendant le temps de la reconstruction) et les particuliers assurés. Article ARGUS DE L'ASSURANCE.

Pour les personnes non-assurées, elles devront être prises en charge par l'Etat soit au titre du mécanisme d'urgence activé par décret qui est encore un dispositif expérimental  (art 239 de la loi 2022-217 qui a le mérite d'exister) permettant de prendre des mesures d'urgence et de réduire des délais administratifs, soit d'une loi complémentaire (ou plusieurs) pour faire aux conséquences n'ayant pu être traitées dans l'urgence..

A ces sinistres concernant les seuls biens, il faudra ajouter les interventions des assureurs au titre de l'assistance, des garanties de santé et de prévoyance : les blessés, les morts et les personnes mises au chômage par les entreprises ne pouvant poursuivre leurs activités (au travers des garanties de portabilité santé et prévoyances, des garanties de décès, des garanties d'arrêts de travail suite à accidents). Là aussi l'Etat participera d'une façon bien plus massive au titre de la solidarité nationale.

De ce cylone, il y aura de multiples conséquences pour le futur :

1. Renforcement de la règlementation concernant la construction et mise en place d'un système de contrôle régulier (on arrive à assurer des usines valant des centaines de millions de dollars à Puerte-Rico, mais c'est au prix de travaux importants sur les toitures et d'un contrôle régulier de celles-ci et de leurs points de fixation). Les deux possibilités à court terme semblant être soit le développement d'une construction en béton, soit un renforcement drastique des règles sur les constructions métalliques et la gestion des ouvertures et des contreventements.

2. Renforcement des systèmes nationaux d'urgence et d'indemnisation. Création de structures résilientes pour le traitement et le stockage de l'eau douce. Création d'unités mobiles de traitement de l'eau, avec leurs groupes énergétiques, pouvant être acheminées rapidement (sur palettes ou containerisés).

3.Renforcement du système local d'assurance, qui présuppose si lon veut qu'il reste solvable, non-soumis à l'antisélection, que les dispositions constructives évoquées en 1. existent. Si ces dernières n'existent pas, les assureurs quitteront l'île car surexposés à l'impact d'un cyclone en regard d'une collecte de primes insuffisantes pour y faire sur ce territoire, même si l'on considère qu'il devra y avoir des transferts depuis les autres départements au titre de la garantie Catastrophe Naturelle

Les traitements politiques aux politiques d'habitat légers devront être révisées par l'Etat mais c'est un sujet hors assurance. Ce sera nécessaire pour éviter des morts liées à des structres inadaptées, des tôles volantes....

 

Changement climatique aux USA

Un article récent du New-York Times décrit l'effet sur le terrain du réchauffement climatique qui a augmenté la fréquence et la gravité des sinistres d'origine naturelle dont notamment les conséquences des inondations, des cyclones, des tornades et des incendies de forêt (plus nombreux et sur une période sans cesse plus longue du fait de la hausse moyenne des températures hors étés).

Cet article indique que près de 2 000 000 de maisons ne sont plus assurées aux USA depuis 2018. Les assureurs ont résilié leurs garanties et les assurés ne trouvent plus de solutions, même à cout plus ou moins fortement alourdi, les garanties sont réduites (y compris pour des propriétaires ayant pris des dispositions de prévention et de protection adaptées). C'est une situation dont l'Etat Fédéral a pris récemment conscience au travers d'une enquête du Sénat US qui s'inquiète des conséquences économiques pour des villes ou de srégions : plus d'assurance => plus de prêts bancaires => plus de marché immobilier sauf à la baisse (on n'nvestit pas des centaines de milliers de dollars sans des garanties) => moins d'habitants => recettes fiscales et recettes liées à l'activité économique en baisse = > initial d'une spirale avec une sortie par une crise économique locale ou régionale.

Cette situation durera tant que l'Etat Fédéral et les divers états ne prennent pas des mesures plus ou moins drastiques pour maintenir l'assurabilité du marché US : taux par zones (états ou comtés) ; imposition faite aux assureurs de participer à tout le marché de l'assurance et pas seulement à des morceaux choisis ; mise en place d'un système de solvabilisation des garanties ; création de réègles construction plus strictes avec des mécanismes de contrôle. Si elles n'est pas traitée, le seul résultat sera de créer des zones immenses non-assurées à l'activité réduite au travers du territoire des US avec des modes de vie et des dispositions économiques conduisant à davantage d'inégalités et sans cesse plus éloignées des idéaux américains.

A ce mécanisme s'ajoute la faiblesse de certains états US qui ne contrôlent pas suffisamment les variations de prix de leurs assureurs et laissent passer des mouvements de hausse très disparates. Certains pouvant être justifiés par de mauvais résultats liés à des mutualités réduites et des absences de solidarité à plus grande échelle, certains étant liés à un opportunisme économique en l'absence de régulation non pas forte, mais au moins modérée.

 

Deux articles du New York Times sont disponibles :

- Edition du 8 juillet 2024

Une carte mentionnée dans cet article sur les conséquences (copyright : NEW YORK TIMES) sur le coût moyen des assurances multirisques habitation ou MRH - variant de 300 US ù à + de 4 000 US $) :

 

 

Edition du 18 décembre 2024

Une carte mentionnée dans cet article (Copyright NEW YORK TIMES) sur les "non-renewal notices" (ou  : résiliations faites par les assureurs sur les motifs climatiques ou de défaut d'entretien en regard de ce risque, variant de 0.5% à 25%)